Je suis eurasienne, née d'un père métis franco-vietnamien et d'une mère chinoise.
Je suis née en France alors que mes parents n'ont pas choisi d'immigrer en Occident car ils sont réfugiés politiques.
J'ai deux prénoms français et un prénom chinois qui signifie « belle occidentale ».
J'ai été baptisée catholique mais crois à la philosophie bouddhiste.
Je n'ai pas les yeux bridés ni les pieds bandés, mais un nez pointu et des poils aux pattes.
Je parle français sans accent « tching tchong » et vietnamien avec l'accent du sud. Je bafouille un peu le chinois cantonais.
J'aime le karaoké et la randonnée, le canard laqué, les nouilles sautées, la sauce de soja et le nuoc mam, le bo bun et le pho, le thé vert et le pu er tcha, le camembert et le vin blanc, le pain baguette et le jambon cru, le chocolat, le caramel au beurre salé et le foie gras.
Je ne mange pas de viande de chien, ni de chat, ni d'insectes ou d'autres trucs bizarres.
Mais voilà ...
Je me sens plus asiatique (75%) que européenne (25%).
J'ai reçu une éducation « à la chinoise » vu que j'ai une Maman Tigre et une flopée de Tantes Tigres.
Je cultive ma culture sino-vietnamienne et respecte les traditions séculaires de ma famille.
90% de mes amis d'enfances les plus proches sont asiatiques.
70% de mes amis et connaissances à ce jour sont asiatiques.
Pour les Blancs, je suis Jaune.
Pour les Jaunes, je suis une Blanche (au mieux) ou « Chinoise banane » (au pire) = jaune à l'extérieur et blanc à l'intérieur.
En France, on m'appelle « la chinetoque » ou « bol de riz cantonais ».
En Chine, on m'appelle « long nez ».
Au Vietnam, on m'appelle « l'américaine » ou on me prête des origines singapouriennes, péruviennes, espagnoles, philippines, italiennes, ... Les gens sont épatés de me voir parler viet car ils pensent que j'ai pris cette langue en option à l'école !
Quand je dis « mon pays », personne ne sait de quoi je parle, vu que j'ai trois options.
Lorsque je suis ici, j'ai des envies de là-bas.
Lorsque je suis là-bas, ici me manque.
Je ne suis nulle part chez moi et pourtant, je suis de partout.
Ici ou là-bas, je suis une étrangère coincée entre deux rives.
Mes enfants le seront-ils aussi ?
